Vendredi 20 mars

 

Il avait cherché, ces quatre derniers jours, à mettre un visage et un corps sur cette apparition fugace, à lui donner forme et vie dans son esprit, mais le lundi les volets furent fermés et ils l'étaient encore ce matin lorsque notre jeune postier s'arrêta, fébrile, devant le numéro 33 pour repartir le coeur lourd sur son vélo.

Sa journée et sa semaine terminées, notre homme rentre chez lui le corps douloureux et l'esprit volatile. Il s'imagine des aventures extraordinaires sur le chemin du retour, rêvant que sa belle lui ouvre les portes de sa sympathie et l'invite à boire un café entre deux tournées. Il arrive ainsi chez lui sans même y penser et se retrouve nez à nez avec sa porte, sort ses clefs maladroitement. En s'asseyant dans son fauteuil, il prend le temps de faire le point et réalise que sa pensée entière s'est tournée vers cette inconnue à la fenêtre, comme un trou noir qui aspire le vide. Son chat vient d'un bond s'installer sur ses genoux et ronronne comme pour venir souligner l'absurdité de cette obsession. L'homme, en plein milieu de son salon, se sent ridicule à se projeter autant. C'est tout lui : se faire des films avant que les choses ne se produisent, pour finalement être déçu lorsque la réalité ne correspond pas à ce qu'il avait en tête. Lundi, il enfourchera son vélo et passera devant le 33 de la rue Albert Camus comme devant toutes les autres maisons du quartier.

 

March Hare

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