Il cogne sec, fort, dur sur le cuir du sac. Ses doigts saignent parce qu'il n'y connaît rien ; le gérant de la salle lui pose une main franche sur l'épaule. Lui, frappe encore, et encore. Les larmes coulent le long de ses joues et la morve suinte sans retenue. Sa respiration est rauque : s'il ne sait pas cogner, il ne sait pas non plus gérer son souffle. Il donne des coups à s'en faire mal, jusqu'à en crever de rage et de douleur, jusqu'à ce que son corps le lâche et cesse de lui résister, cesse de devenir un poids pour lui. Il est épuisé et meurtri, au bout de ses limites physiques, alors il hurle et se jette sur son pantin-exécutoire. Il le rue de coups de poings, pieds, coudes, genoux ; il tente de le percer à jour, de donner l'estoc qui fera couler le sable de l'ennemi. Dans une ultime suffocation il assène au hasard une dernière salve et s'écroule lamentablement, se retenant in extremis a cet autre qu'il haït. Chaque coup porté il se l'est pris dans la gueule. L'homme se laisse le temps de reprendre son souffle, se relève calmement, s'essuie le visage d'un revers de manche. Il met sa main écorchée dans sa poche et en sort un billet de 50 qu'il donne au gérant, avant de disparaître dans la nuit qui l'avale aussitôt. Œil pour œil...

 

March Hare

 

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